Les Suisses au service de la France

Je tiens à vous rendre un bref résumé de l'histoire des Suisses qui ont servi la France: de 1480 à 1831. Pendant près de quatre siècles, c'est un million de Suisses qui vont servir en France. Une histoire qui commence sous Louis XI pour se conclure sous Louis-Philippe. Plus de 200'000 ne sont jamais revenus...

1453: Première alliance franco-suisse, qui constitue une base diplomatique durable. Les victoires des guerres de Bourgogne font beaucoup pour la réputation des Suisses.

1480: Louis XI engage un corps d'auxiliaires suisses. Dès 1481, il accorde aux militaires suisses en France des privilèges, notamment fiscaux, complétés par la suite.

1497: Création par Charles VIII de la compagnie des Cent-Suisses de la garde (ou «Compagnie des Cent hommes de guerre suisses de la Garde»), première unité helvétique permanente, sorte d'unité de 'garde du corps' du roi.

1515: Bataille de Marignan – les cantons suisses sont battus par la France.

1516: Paix perpétuelle conclue à Fribourg, suivie de l'Alliance perpétuelle en 1521. Alliance qui sera régulièrement réactivée à travers des «capitulations» militaires entre les cantons helvétiques et le roi de France, c'est-à-dire des traités établissant des règles bien définies entre les deux parties, notamment des privilèges étendus en faveur des soldats suisses au service de la France.

Double conséquence: la suppression du droit du pillage (d'où l'adage «Pas d'argent, pas de Suisses», puisqu'ils ne subsistent désormais que grâce à leur solde) et la fin du mercenariat individuel.

1567: Charles IX créé un régiment de gardes suisses, appelé par les rois successifs en fonction des besoins.

1571: Création en France du poste de «Colonel général des Suisses et Grisons», qui fait le joint entre le gouvernement et les Suisses, sans les commander pour autant.

1616: Création du régiment permanent des Gardes Suisses par la régente Marie de Médicis, mère de Louis XIII, qui officieront comme 'gardes extérieurs des palais'.

1709: Bataille de Malpaquet, en Espagne. Des Suisses, servant à la fois dans les rangs français et dans ceux de la coalition (Empire, Prusse, Grande-Bretagne, Pays-Bas), s'entretuent: 8000 d'entre eux sont massacrés.

1760: Les régiments suisses d'infanterie regroupent 12'888 Suisses en 1760, contre 2'324 dans le régiment d'élite des Gardes.

1790: Quelques troupes suisses sont en partie touchées par la vague révolutionnaire. Ainsi à Nancy, trois cents soldats du régiment de Châteauvieux se mutinent.

1791: Un décret supprime tous les régiments étrangers, sauf les suisses.

10 août 1792: Plusieurs centaines de Gardes Suisses trouvent la mort lors du massacre des Tuileries. Le licenciement des soldats restants (20 août) va de pair avec la chute de Louis XVI et l'abolition de la monarchie.

«Le service de France est interrompu jusqu'en 1798. Son rétablissement est marqué par une dénaturation fondamentale, puisque, fruit de la contrainte politique, il devient obligation, conscription partielle déguisée. Cette dérive perdurera sous l'Empire.» (selon l'historien Philippe Henry)

1803: Une nouvelle capitulation est signée à Fribourg mettant à nouveau des régiments suisses au service de la France (en fait, des Suisses ont également combattu aux côtés de l'armée révolutionnaire).

1812: Lors de la campagne de Russie, menée par Napoléon, les Suisses perdent 9'000 hommes.

1815: Un décret impérial ordonne la dissolution des régiments suisses, suite au serment qu'ils ont prêté à Louis XVIII lors de la première restauration.

1816: Une dernière capitulation est signée, pour quatre régiments de ligne et deux régiments de la Garde, soit un effectif théorique de 14'000 hommes.

1830: Trois cents Suisses se font tuer lors de la révolution de Juillet, en défendant les Tuileries et le Louvre. Dès août, les autorités suisses rappellent tous les régiments.

1831: Les troupes étrangères en France sont remplacées par la Légion étrangère. Dont le premier commandant est encore un Suisse. La Légion étrangère est créée par ordonnance du 9 mars 1831 par le roi des Français Louis-Philippe, à l'instigation du maréchal Soult, ministre de la Guerre. Elle rassemble, à cette date, différents corps étrangers de l'armée française, dont les gardes suisses, issus de la paix perpétuelle signée après la bataille de Marignan, le régiment Hohenlohe.  Mais ça c'est une autre histoire.